Le Barreau
Barreau du Haut-Katanga
Le Barreau du Haut-Katanga, l'un des plus anciens et importants d'Afrique francophone, a une histoire riche et étroitement liée à l'évolution de la profession d'avocat en République Démocratique du Congo.
L'introduction de la profession remonte à la création de l'État Indépendant du Congo en 1885, avec l'installation du premier avocat à Élisabethville (aujourd'hui Lubumbashi) en 1910.
En 1930, les "Associations des Barreaux" furent officiellement instituées, plaçant les avocats sous l'autorité de la Cour d'Appel par une loi de cette même année.
En 1968, le Barreau de Lubumbashi fut créé. Suite au découpage territorial de 2022, il prendra le nom de Barreau du Haut-Katanga. L'évolution de la profession s'est marquée par une autonomie accrue, notamment grâce à la création de l'Ordre National des Avocats en 1979, instituée par l'ordonnance-loi n° 79-028 du 28 septembre 1979.
Vous trouverez ci-dessous la liste des Bâtonniers qui ont dirigé ce prestigieux Barreau depuis sa création.
Les Anciens Bâtonniers
Bâtonnier KALAMBOTE
1978 - 1981
Bâtonnier LOZET
1981 - 1984
Bâtonnier TSHIBANGU KABALA
1984 - 1987
Bâtonnier Damas NTOTO
1987 - 1990 | 1990 - 1993
Bâtonnier MBUYU LUYONGOLA
1993 - 1996
Bâtonnier Justin NKULU
1996 - 1999
Bâtonnier MBUYI TSHIMBADI
1998 - 1999 | 1999 - 2002
Bâtonnier Jean-Claude MUYAMBO
2003 - 2006
Bâtonnier Cyrille NGOY KYOBE
2006 - 2009
Bâtonnier KALALA KABAMBA JOHN
2008 - 2011
Bâtonnier BAKAMBE SHESHA Jacques
2011 - 2014
Bâtonnier NTUMBA KAJA Rose
2015 - 2018 | 2018 - 2022
A nos Bâtonniers
Par Maître MUKONGA SEFU Jacques
Discours prononcé lors de la cérémonie de décoration des Bâtonniers en exercice et des anciens Bâtonniers, le 16 août 2024 sur l’esplanade du Palais de Justice de Lubumbashi.
« Les bons avocats font de bons juges, dit-on ».
« Un grand juge, disait Dupont Moretti, c’est quelqu’un qui est tellement soucieux de ne pas se tromper qu’il est capable d’écouter autre chose que sa voix intérieure. Un grand juge, c’est quelqu’un qui aime les avocats ».
Mesdames et Messieurs,
Peu après la création de l’Etat indépendant du Congo en 1885, les premiers magistrats nommés se mirent au travail.
Cependant, quatre décennies plus tard, le législateur colonial se dit : « Il n’est pas bon que le magistrat soit seul. Je lui ferai une aide qui lui correspondra afin que la justice soit mieux rendue ». Et, le 7 novembre 1930, le Barreau est né.
Mais, remarquez bien : c’est au Président de la Cour d’Appel que le législateur confia le bâton pour conduire le Barreau de la colonie. Il faudra attendre 1979 pour voir le Barreau recouvrer sa pleine autonomie qu’on lui connaît aujourd’hui.
C’est donc à ces causes que le premier des trophées réservés aux Bâtonniers sera remis, en tout premier lieu, à Monsieur le Premier Président de notre Cour qui, bien que n’ayant pas été appelé Bâtonnier en son temps, n’en assuma pas moins la charge ordinale. Principe de continuité de l’Etat oblige, monsieur le Premier Président de la Cour d’Appel du Haut-Katanga, je vous prie de recevoir ce trophée en l’honneur de votre arrière-grand-père professionnel, notre premier Bâtonnier de fait.
Mesdames et Messieurs,
A la suite de la consécration du principe de l’autonomie des Barreaux, notre Barreau connut les Bâtonniers Nkala Mbote, Nyakarundi, Mutsinzi, tous d’heureuse mémoire. Ils plaident désormais là-haut pour les âmes damnées aux côtés de Jésus-Christ, notre confrère.
Mesdames et Messieurs,
Notre Barreau connut ensuite le Bâtonnier Tshibangu Kabala dont l’histoire retient qu’il avait d’abord été magistrat avant d’être avocat : Quand un magistrat est mûr, il finit par tomber dans le Barreau... J’invite la famille Tshibangu à venir tenir le trophée, et nous vous félicitons d’avoir eu un si illustre père.
Le Bâtonnier Tshibangu céda le Bâton au Bâtonnier Ntoto Aley Angu. C’est le Bâtonnier qui aimait dire ceci : « Lorsque nous avons commencé cette profession, l’avocat n’avait rien à envier à un Ministre ».
Le Bâtonnier Ntoto céda le Bâton au Bâtonnier Jean Mbuyu Luyongola. On raconte que le Bâtonnier Mbuyu Luyongola fut le Bâtonnier de la Révolution de la Modernité car, paraît-il, son Cabinet fut le premier des cabinets d’avocats à se doter d’un ordinateur du temps même où on ne parlait guère encore de cette machine dans nos environnements.
Le Bâtonnier Mbuyu céda le bâton au Bâtonnier Nkulu Mwakizuki. Ce fut, raconte-t-on, un Bâtonnier austère et rectiligne. A ceux qui lui proposaient des fonctions politiques, Mwakizuki répondait : « Quelle fonction peut distraire un Bâtonnier en exercice ». Un Gouverneur de Province lui avait donné rendez-vous. Mwakizuki arriva à l’heure mais on tarda à le recevoir ; il se leva et repartit en disant : « On ne fait pas attendre un Bâtonnier ».
Le Bâtonnier Mwakizuki céda le Bâton au Bâtonnier Mbuyi Tshimbadi Mathias. Mbuyi Tshimbadi a marqué des générations d’avocats. Il aimait plaider et il plaidait bien. Il fut un grand enseignant de procédure civile. Et il aimait les avocats. Il disait de l’avocat qu’il est « le consolateur de la veuve et de l’orphelin, le panégyriste de l’honneur écorché, le baroudeur pour compte des citoyens spoliés dans leurs patrimoines, l’habile conciliateur et le négociateur avisé, le technicien du savoir juridique… ».
Le Bâtonnier Tshimbadi céda le Bâton au Bâtonnier Muyambo. Sous son mandat, le Barreau eut enfin un toit. Nous devons à son mandat notre Maison du Barreau.
Le Bâtonnier Muyambo céda le Bâton au Bâtonnier Ngoyi Kyobe. C’est le Bâtonnier de l’immunité de plaidoirie. Sans langue de bois, sa tête savante dansante, au prétoire sa parole aime dire toute la vérité. Les avocats lui doivent de se sentir libres comme le vent quand vient le moment de plaider.
Le Bâtonnier Kyobe céda le bâton au Bâtonnier John Kalala. Avec lui, le Barreau entra résolument dans l’ère chrétienne. Sa pratique de la profession est restée longtemps imprégnée de ses valeurs chrétiennes qu’il revendiquait sans complexe.
Le Bâtonnier John céda le bâton au Bâtonnier Jacques Bakambe Shesha. C’est le Bâtonnier qui dut se battre pour que les avocats retournassent aux fondamentaux de leur profession : l’honneur et la discipline.
Le Bâtonnier Shesha céda le bâton à madame le Bâtonnier Rose Tumba Kaja. C’est le Bâtonnier qui vint mettre du désordre dans le vocabulaire du Barreau. Son avènement à la tête de notre Barreau rappela l’avènement de Paule René Pignet, la Première Bâtonnière de l’histoire de France, élue en 1933. Un journaliste s’était alors interroger : « Comment la nommer ? « Monsieur le Bâtonnier ? » Naturellement impossible. Alors, « Madame la Bâtonnière ? ». Non. Cela constituerait un affreux solécisme. Le journaliste conclut que le mieux serait de dire tout simplement : « Mon Bâtonnier ». Mon Bâtonnier Rose a marqué notre Barreau par sa longévité : deux mandats. Et sa hauteur de vue l’a engagée à construire en hauteur un grand pan de notre Maison du Barreau. C’est donc la première femme dont on a pu dire : « Basi pe ba tongaka mboka ».
Mon Bâtonnier Rose céda le bâton à notre Cher Bâtonnier en fonction. Le seul. Le Bâtonnier Jean-Paul KITENGE né Antoine Sohier. Monsieur le Bâtonnier, la phrase qui raconte votre mandat n’a pas encore connu de point final. Mais nous ne doutons pas que ce sera une histoire de grande dignité.
Je vous remercie.